Une Bourse vénitienne, un séminaire milanais, un couvent sicilien, une villa de famille dans une oliveraie : ces adresses ont presque toutes eu une vie avant de faire partie des plus beaux hôtels d’Italie. Dix maisons où l’on dort dans un morceau d’histoire remis à neuf, sa vie d’avant encore lisible sous le confort.
7Pines Resort Sardinia, le resort face à La Maddalena
On arrive par la mer autant que par la route : le 7Pines a son propre ponton, des bouées pour les yachts jusqu’à 30 mètres, et même un héliport. Ouvert en août 2022, deuxième adresse du groupe après l’Ibiza qui lui a donné son nom, le resort occupe 15 hectares de jardins qui dévalent vers Baja Sardinia, à dix minutes de Porto Cervo et des vitrines de la Costa Smeralda. Des sentiers odorants de genévrier et de romarin filent entre les 75 chambres et suites, réparties en trois hameaux : les jardins, la lagune, le bord de mer, ces dernières les plus convoitées, au ras du sable. On rejoint la plage principale ou l’une des quatre criques, avant de replonger dans la piscine à débordement posée face à l’archipel de La Maddalena, classé réserve marine. La table, orchestrée par Pasquale D’Ambrosio, compte : le Capogiro, une étoile Michelin et deux fourchettes au Gambero Rosso, dresse ses assiettes sur une terrasse au coucher du soleil, tandis que Franco Pepe, souvent cité meilleur pizzaïolo du monde, signe la carte du Spazio. À l’heure de l’apéritif, on gagne le Cone Club, les pieds dans le sable, le DJ qui monte le son. C’est aussi l’un des grands décors de fête de l’île : le Mediterranean Garden reçoit jusqu’à 300 convives parmi les essences méditerranéennes, la terrasse panoramique cadre le soleil qui tombe derrière les îles, et une équipe événementielle dédiée règle chaque détail. Autant d’atouts qui placent le 7Pines Resort Sardinia parmi les meilleurs hôtels où organiser un mariage en Sardaigne, et l’un des plus recherchés d’Italie pour une noce les pieds dans le sable.
7Pines Resort Sardinia
Località Li Mucchi Bianchi, 07021 Baja Sardinia (Arzachena)
75 chambres et suites
Site officiel de l’établissement


Nolinski Venezia, le design dans l’ancienne Bourse
À quelques canaux de la place Saint-Marc, à un pont de la Fenice, une façade ornée de chimères, les filles de Poséidon, signale l’ancienne Bourse du commerce de Venise. On peut y arriver en motoscafo depuis l’aéroport : l’hôtel a son ponton, voisin de ceux du Cipriani et du Gritti. Quatre ans de chantier ont été nécessaires, tous les matériaux acheminés à la main par barque, pour que les décorateurs Lecoadic & Scotto marient sur cinq étages l’Art nouveau, le Stile Liberty et le modernisme : stuc marmorino, boiseries de manguier, poignées de porte en forme d’hippocampe refaites par un maître ferronnier vénitien. On monte au dernier étage pour le Bassin, une piscine tapissée de mosaïque d’or dont la vue à 360° épouse les toits et, au loin, les coupoles de San Marco. On redescend au Bar Bibliothèque, 4 000 ouvrages réunis par un libraire, une fresque de Simon Buret au plafond, un piano ; les 43 chambres, dont 13 suites, en gardent chacune vingt à trente, comme un condensé de cinq siècles d’histoire italienne. Côté table, le Palais Royal occupe l’ancien amphithéâtre de la Bourse, sous le regard d’un chapiteau du XIIIᵉ siècle : le chef Philip Chronopoulos, une étoile Michelin, y marie technique française et générosité méditerranéenne. Entre cette table étoilée, ce bassin doré sur les toits et une collection d’art qui va des lions du XVIᵉ siècle du hall aux portraits Renaissance des suites, le Nolinski Venezia figure parmi les meilleurs hôtels 5 étoiles de Venise, pour qui préfère une adresse de design à un énième palais du Grand Canal.
Nolinski Venezia
Calle Larga XXII Marzo 2032, 30124 Venise
43 chambres dont 13 suites
Site officiel de l’établissement


Grand Hotel Villa Serbelloni, le grand classique de Bellagio
La villa néoclassique que le comte Frizzoni avait fait élever dans les années 1850 par l’architecte Rodolfo Vantini, à la pointe même de Bellagio, là où le lac de Côme se fend en deux bras, devient le Grand Hôtel. Depuis 1918, la famille Bucher le tient, quatrième génération aujourd’hui, et le fait vivre au présent : escaliers de marbre, plafonds à fresques, lustres de Murano du Salone Reale, 94 chambres tournées vers l’eau. Churchill y a dormi, Kennedy et Clark Gable aussi ; le Bellagio de Las Vegas doit son nom à ce promontoire. La maison s’est pourtant réinventée : rénovation d’ampleur, beach club au charme rétro, spa de 1 500 m² parmi les plus vastes du lac. À table, deux voix se répondent. Au Mistral, une étoile Michelin depuis 2005, le chef Ettore Bocchia, pionnier de la cuisine moléculaire en Italie, et une cave de plus de 400 références, sacrée deuxième plus belle cave d’hôtel au monde en 2024 ; à La Goletta, une Italie plus simple et solaire, au bord de la piscine. On dîne en terrasse quand le soleil glisse derrière les Grigne, un sabayon monté minute sur la table, le café servi à la napolitaine jusque dans les chambres.
Grand Hotel Villa Serbelloni
Via Roma 1, Bellagio (Côme)
94 chambres
Site officiel de l’établissement


La Fiermontina, l’oliveraie et les sculptures, à Lecce
Oliviers de 400 ans, murs du XVIᵉ siècle, sculptures posées dans l’herbe : en plein centre de Lecce, derrière des façades baroques, La Fiermontina cache une oliveraie, une masseria du XVIIᵉ siècle rentrée dans les remparts. La maison raconte une histoire de famille et d’art. Elle porte le nom d’Antonia Fiermonte, artiste née dans les Pouilles en 1914, disparue à 42 ans, que ses petits-enfants Filali ont voulu honorer. Son roman tient dans le jardin : elle aima le sculpteur René Letourneur, puis Jacques Zwobada, le meilleur ami de René, et les œuvres des deux hommes veillent aujourd’hui parmi les oliviers, l’« Harmonie II » de Letourneur, « Le couple » de Zwobada, près d’un bronze de Fernand Léger, « Les deux sœurs ». Ouvert en 2015, l’ensemble tient en 16 chambres et trois suites aux voûtes en étoile couleur de miel, meublées de pièces signées Le Corbusier, Charlotte Perriand ou Tobia Scarpa. On dîne au Zéphyr, cuisine du Salento revisitée, autour d’une « Liberté » de Zwobada taillée dans le marbre ; on lit à l’ombre des orangers, près de la piscine que bordent les murailles. À cinquante mètres, le Fiermonte Museum prolonge la collection. C’est le genre d’adresse où l’on finit par demander, au petit-déjeuner, l’histoire de chaque sculpture.
La Fiermontina Luxury Home
Piazzetta Scipione de Summa 4, 73100 Lecce
16 chambres et trois suites
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Pieve Aldina, le borgo toscan du Chianti
Une pieve, en Toscane, c’est l’église de campagne autour de laquelle se serrait autrefois le hameau. Celle-ci se dresse à Radda in Chianti, sur la Chiantigiana, la route des vins qui relie Florence à Sienne, et remonte au XIIᵉ siècle. Son nom vient d’une donation : en 1043, le comte de Piancaldoli offrit ce domaine à sa femme, Aldina Ubaldini. Le cabinet florentin Pierattelli en a restauré les trois bâtiments – l’Abbazia adossée à l’église classée, la Casa del Fattore, la Limonaia – pour y loger 22 chambres, sans effacer les fresques néoclassiques du piano nobile. On marche sur des cotto d’Impruneta façonnés à la main dans l’argile galestro, cuits 72 heures au feu de bois, ce rouge qui prolonge dans les chambres la couleur des collines. On passe des soirées sans télévision, volontairement, à écouter le silence. Le chef florentin Niccolò Pini relit au restaurant Le Rondini la Toscane d’hier : panzanella, pici tirés à la main, Fiorentina de Chianina, servis avec les Chianti Classico du voisinage. Et l’on part explorer les vignes autrement : le panier de pique-nique de cet hôtel de Toscane sur les genoux, en Vespa ou en cabriolet, à travers 40 hectares d’oliviers et les rangs de sangiovese, avec l’arrêt dégustation chez un vigneron pour seule contrainte de la journée.
Pieve Aldina
Traversa del Chianti, 53017 Radda in Chianti
22 chambres et suites
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Reschio, le castello ombrien des Bolza
Bâti en 1050 sur la ligne de crête qui sépare l’Ombrie de la Toscane, le castello di Reschio a veillé sur ses 1 500 hectares bien avant que le comte Antonio Bolza n’achète le domaine, en 1994. Son fils Benedikt, architecte, y a passé des années : d’abord les fermes en ruine, transformées une à une en maisons, puis la forteresse elle-même, rouverte en hôtel au printemps 2021. Les 36 chambres portent sa marque au sens propre : le mobilier, les lits, les luminaires sortent de la Tabaccaia, l’ancien séchoir à tabac devenu atelier où travaillent les artisans de B.B. for Reschio. Aux murs, des portraits chinés d’aïeux inconnus qu’on fixe un peu trop longtemps, cherchant un air de famille. La cave voûtée est devenue un Bathhouse à bain romain, hammam et sauna taillés dans la pierre ; sous la verrière du Palm Court, entre colonnes de fonte et palmiers, un piano à queue se met à jouer le soir venu, l’heure du negroni. Deux tables se partagent les soirs : alle Scuderie, dans les anciennes écuries, et al Castello, la table haute qui domine la vallée, nourries l’une et l’autre par le potager et les vignes du domaine. Au petit matin, on part à cheval, sur un andalou, dans la lumière rase des collines.
Reschio
Tabaccaia di Reschio, 06060 Lisciano Niccone (Pérouse)
36 chambres et suites
Site officiel de l’établissement


Casa Monti, le rooftop du Rione Monti
On grimpe les six étages d’un palazzo à la façade du XVIIIᵉ siècle, jadis propriété de la noblesse romaine, pour déboucher sur le toit : le rooftop rend hommage aux étourneaux qui tournoient au-dessus de Rome à la tombée du jour, et des sculptures d’oiseaux se posent entre les tables, face aux pins parasols. Nous sommes dans le premier rione de la ville, Monti, entre le Forum et le Colisée, ce quartier d’artisans, de galeries et de bars à vins que les Romains gardent volontiers pour eux. Le groupe familial Leitmotiv, déjà derrière La Fantaisie à Paris, a fait appel à la décoratrice Laura Gonzalez : 26 chambres et dix suites bohèmes, couleurs franches, matières nobles, jamais deux identiques. Au rez-de-chaussée, on commande un maritozzo et un espresso au comptoir du patio, autour de la fontaine ; le soir, la carte du restaurant, sur la via Cimarra, décline la cuisine romaine sans manières, tonnarelli cacio e pepe et parmigiana revisitée. Deux étages sous le ciel, le spa Susanne Kaufmann de cet hôtel 5 étoiles de Rome, baigné de lumière dorée. Puis l’on remonte, un negroni à la main, regarder la ville s’allumer par les toits.
Casa Monti
Via Panisperna 210, 00184 Rome
26 chambres et dix suites
Site officiel de l’établissement


Portrait Milano, le séminaire rendu à la ville
Un portail baroque de Francesco Maria Richini, une double loggia de colonnes jumelées, une place pavée que les Milanais avaient perdue de vue pendant une vingtaine d’années : derrière le corso Venezia, la Piazza del Quadrilatero est réapparue. Il a fallu dix ans de négociation avec l’archevêché pour que la Lungarno Collection, la maison hôtelière de la famille Ferragamo, rouvre à la ville l’ancien Séminaire archiépiscopal, l’un des plus anciens d’Europe, élevé en 1564 par saint Charles Borromée, sa devise Humilitas encore lisible sur les murs. Les architectes Michele De Lucchi et Michele Bönan ont posé, dans ce vaisseau de pierre, 73 chambres aux étages du séminaire, entre rotin et malles Ferragamo réinterprétées. On traverse la piazza rendue aux terrasses et aux boutiques, on passe devant le 10_11 et le Beefbar, on descend enfin sous le dallage : les anciennes réserves voûtées, colonnes de granit et plafonds bas, abritent un Longevity Spa qui promet de dissoudre le décalage horaire à coups de cryothérapie. Rare hôtel qui a rendu une place publique à une ville en même temps qu’il ouvrait ses portes, et où, le matin, sous la colonnade, flottent le café et les viennoiseries des boulangers du quartier. On y séjourne, mais on y passe aussi, comme les Milanais, simplement pour la beauté du lieu.
Portrait Milano
Corso Venezia 11, 20121 Milan
73 chambres
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San Domenico Palace, le couvent suspendu de Taormine
Sur un promontoire rocheux au-dessus de la mer Ionienne, face à l’Etna et au théâtre grec de Taormine, un couvent dominicain du XIVᵉ siècle veille depuis six siècles. On y entre par un cloître, on longe des fresques et des œuvres restées du monastère : Four Seasons, qui a rouvert la maison en 2021, a préféré la retenue au tape-à-l’œil, s’en remettant pour l’essentiel à des artisans siciliens. Certaines des 111 chambres occupent les anciennes cellules des moines, d’autres l’aile Grand Hôtel ajoutée en 1896, quand le prince Domenico Rosso di Cerami transforma le couvent en palace. Oscar Wilde, Audrey Hepburn y ont séjourné ; plus récemment, la deuxième saison de The White Lotus y a planté sa caméra, et l’île entière en a vu affluer les curieux. On nage dans la piscine à débordement, longue de 21 mètres, qui semble se jeter dans la baie, on pousse jusqu’aux jardins où le jasmin embaume. À table, le Principe Cerami, une étoile Michelin, où Massimo Mantarro, né sur les pentes de l’Etna, promène la Sicile de la mer au volcan, l’aubergine et l’agrume en fil rouge. Le matin, on prend le petit-déjeuner en terrasse, une granita à la main, le théâtre antique posé en contrebas et le volcan en toile de fond : peu d’hôtels au monde offrent un tel plein-cadre.
San Domenico Palace, a Four Seasons Hotel
Piazza San Domenico 5, 98039 Taormine
111 chambres et suites
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Le Sirenuse, l’icône familiale de Positano
400 bougies allumées une à une chaque soir sur la terrasse de La Sponda : il faut une heure pour les faire naître, presque autant pour les éteindre. C’est là, à sa table étoilée, que le chef Gennaro Russo cuisine la Campanie, un risotto au citron et aux câpres, un babà d’une légèreté napolitaine. Le Sirenuse tient Positano depuis 1951, quand quatre Sersale décidèrent d’ouvrir aux voyageurs leur maison d’été, face à la baie. La famille y est toujours, quatrième génération, et l’a portée à 58 chambres carrelées de majoliques, meublées d’objets anciens choisis un à un, en lui gardant l’allure d’une demeure privée. « Positano vous prend », écrivait Steinbeck en 1953 : la formule tient encore quand on s’accoude à la terrasse aux bougainvillées, l’archipel des Galli au large, les maisons dévalant la falaise. Depuis 2015, des artistes sont invités chaque année à dialoguer avec le lieu : en 2024, Nicolas Party a redessiné la mosaïque de la piscine. Le spa est signé Gae Aulenti ; au bar Aldo’s, suspendu au-dessus de l’eau, on sert le premier spritz du soir, celui qu’on prendrait chez soi si l’on avait la chance d’habiter Positano.
Le Sirenuse
Via Cristoforo Colombo 30, 84017 Positano
58 chambres
Site officiel de l’établissement






